Je publie ce billet en réaction aux lieux communs et aux inepties bien pensantes que j’ai entendues au sujet d’Haïti à Tout le Monde en Parle hier. (Emission du 7 février 2010). J’ai été choqué de la critique faites à l’endroit de Patrick Lagacé qui avait entièrement le droit de nous faire part de ses impressions dans son texte intitulé Haïti, malade de ses charades publié dans La Presse le 30 janvier 2010 . Impressions que je partage pour y avoir été.
Politique
Comme je le disais dans un récent billet, on se rend compte que suite aux tremblements de terre en Haïti que dans le rapports entre états, il y a trop d’effet pervers. Les États-Unis, le Canada et l’Europe se précipitent pour faire de l’ingérence humanitaire dans ce pays désolé. Il s’agit là de colonisation, il faut appeler les choses telles qu’elles sont. On ne peut pas dire que les peuples doivent être indépendants pour ensuite les recoloniser lorsqu’il y a une catastrophe. Il y a colonisation dans la surenchère des aides en ce moment et le tout est poussé frénétiquement par les médias. Les États-Unis parlent même reconstruire et c’est cette contradiction dialectique et historique qui me gêne.
Un mot historique sur Haïti
Au 18e siècle Haïti (l’Ile d’Hispaniola) représentait le trois quart du commerce du sucre dans le monde. Et quand Louis XV a perdu la guerre de sept ans il a préféré dans un marchandage avec les Britanniques lâcher le Canada et les comptoirs de l’Inde et garder Haïti car grâce à Haïti la France était le premier exportateur de sucre au monde. Plus tard dans le mémorial de Sainte-Hélène Napoléon a admis avoir fait une erreur de vouloir imposer la colonisation française en combattant Toussaint Louverture indépendantiste Haïtien. Malgré les proclamations de loyauté de Toussaint Louverture, Bonaparte s’inquiétait du risque de perdre une colonie rentable, et cède aux arguments des grands propriétaires et des négociants qui veulent rétablir l’esclavage. Il décide alors d’envoyer son beau-frère, le général Leclerc, reprendre le contrôle de l’île à la tête d’une troupe de dizaines de milliers hommes. Au final, Haïti a acquis son indépendance en payant à la France une somme de 90 millions de Franc Or, ce qui est plus que les 70 millions de Franc Or payés par les États-Unis à la France pour l’acquisition de la Louisiane.
Responsabilité politique
Je crois que philosophiquement nous somme comptables pour ce qui se passe en Haïti mais pas politiquement.
Les hommes sont responsables de leurs destinées cela fait 200 ans qu’Haïti est un pays indépendant et qu’elle n’est plus censée être une colonie. Politiquement nos gouvernements ne lui doivent aucune “aide” et je crois qu’en “aidant” Haïti nos gouvernements recolonisent ce pays tout en décourageant le privé de venir en aide a ce peuple.
Le séisme
Le tremblement de terre qui a secoué Haïti était à 7.0 sur l’échelle de Richter et a couté environ 200,000 vies. Pourquoi ce nombre est-il si élevé ? En 1989, le tremblement de terre de Loma Prieta en Californie qui était encore plus violent (Magnitude de la vague de surface 7.1) n’a fait que 63 morts et 3,757. En 1906 le tremblement de terre de San Francisco qui était 8 fois plus violent a causé 3000 morts.
Aussi tragique que soit le fléau qui s’est abattu sur Haïti, il y a malgré tout le symptôme d’un problème beaucoup plus profond qui date de bien avant ce séisme, soit celui de la pauvreté auto infligée. La raison pour laquelle des séismes d’égale intensité ne causent pas autant de mort dans un pays comme les États-Unis, par exemple, est due a sa plus grande richesse.
Point de vue libertarien
C’est la richesse des États-Unis qui lui permet de construire des édifices plus solides. Quand une catastrophe naturelle frappe une région du pays, c’est encore sa richesse qui lui procure les services d’urgence et la machinerie lourde nécessaire, ainsi que les services médicaux pour réduire le nombre de victimes et de morts. Les Haïtiens n’ont pas les moyens de se payer tout cela.
Obama a qualifié le séisme de « spécialement cruel et incompréhensible ». Les autorité Canadiennes et Européennes ont émis des commentaires semblables. Obama aurait été plus près de la réalité s’il aurait déclaré que le climat politique et économique d’Haïti qui rend les haïtiens impuissants face aux catastrophes naturelles est « spécialement cruel et incompréhensible ». C’est bel et bien le climat politique et économique rendant la population Haïtienne impuissante qui a causé tant de morts.
Climat économique et politique
La raison principale pour laquelle Haïti est pauvre et minable (oui j’utilise le mot minable) ce sont ses restrictions sur la liberté économique. Observons en quelques une.
Selon le très réputé Index of Economic Freedom une autorisation est requise pour investir dans le pays afin d’y installer des services offrant de l’eau potable, de l’électricité, la santé publique. Une autorisation du gouvernement implique à tous coups des pots de vins voilà pourquoi le service téléphonique Haïtien est primitif et ceci sans parler de l’électrecité. Ceci explique pourquoi les Haïtiens tant au Québec qu’ailleurs ont de la difficulté a rejoindre leurs proches comme le mentionnais Fabienne Colas dans le Tout le monde en parle du 7 Février 2010 (tout en mettant ca sur la faute des compagnies Canadiennes qui n’ont aucune dette envers ce pays). Colas “déplore le manque de tact et de professionnalisme de certains médias”. Elle juge inacceptable l’image passive prêtée aux Haïtiens. Hé bien, contrairement à elle, je rejoins l’opinion de Patrick Lagacé dans son texte. Car je suis d’avis que c’est la passivité des Haïtiens qui est l’une des causes des malheurs de ce pays.
La corruption est rampante dans le pays. Haïti est classé 177e sur 179 pays dans l’index de Transparency International . Haïti a la réputation d’être un des pays le plus corrompu du monde et cela n’est pas le genre de chose qui attire les investisseurs. Les douanes demandent presque toujours des pots de vins. Et cela inclut des pots de vins sur le matériel qui entre dans le pays pour aider les victimes du séisme.
Patrick Lagacé avait raison d’écrire dans Haïti, malade de ses charades : « J’en ai assez des charades d’Haïti. Tout le monde bullshite, dans ce pays. L’État, les politiciens, les Haïtiens, les journalistes – ceux d’ici et d’ailleurs -, la proverbiale communauté internationale, les travailleurs humanitaires. ». Lien Il a bien senti la vraie situation en allant la-bas !
L’Heritage Foundation’s Index of Economic Freedom explique qu’à cause de la lourdeur de la règlementation et des pots de vins, démarrer une entreprise en Haïti prend en moyenne 195 jours alors que la moyenne internationale est de 38 jours. Acquérir une licence pour être en affaire prend plus de trois ans.
La criminalité est rampante en Haïti. Le site d’Affaires étrangères et Commerce international Canada à l’instar du gouvernement australien et américain mettait en garde les voyageurs et ce bien avant le tremblement de terre.
« La situation en matière de sécurité est dangereuse et imprévisible. Les Canadiens qui se rendent en Haïti doivent faire preuve de vigilance dans tout le pays. La criminalité est présente, surtout dans les grands centres comme le centre-ville de Port-au-Prince et des Gonaïves, où sévissent toujours quelques gangs armés. » Lien
La propriété privée est vitale à la croissance économique. L’Index of Economic Freedom nous dit que la « protection des investisseurs Haïtiens est durement compromise par une application des lois quasi inexistante, une pénurie de lois modernes pour faire face aux réalités actuelles du commerce international, et finalement par un système judiciaire sans ressources » Cela veut dire que les disputes sont réglées hors cour en soudoyant les officiels, les accords ne sont pas débattus mais achetés .
La solution à la pauvreté en Haïti est très simple. Si on classe les pays en se basant sur : (1) s’ils ont plus ou moins un libre marché, (2) le revenu par personne et (3) en consultant l’index des Droits Humains classé par pays d’Amnesty International on y constate que ce sont les pays ayant une grande liberté de marché qui ont le plus de revenus et une plus grande protection des droits de la personne. Les gauchistes vous dirons que c’est un hasard, bien sûr !
Le Président Haïtien René Préval est fort peu enthousiaste au libre marché. Il est bon de souligner ici que ses héros sont nul autres que les deux tyrans communistes : Hugo Chavez et Fidel Castro.
Je concède qu’Haïti a besoin de l’aide internationale, toutefois ce sont les Haïtiens qui eux-mêmes qui doivent faire face à leur pauvreté, dont ils sont, soit dit en passant, les seuls responsables. Cela fait 200 ans que Toussaint Louverture a acquis l’indépendance de la République Haïtienne. L’excuse du temps des colonies ne colle plus ! Toutefois, celle d’Haïtiens pure laine comme papa et bébé Doc colle encore. La république dominicaine qui pourtant est sur la même île n’est pas du tout dans la même condition.
Toute l’atmosphère des gens habitant cet état minable est bien résumé par l’anecdote de Patrick Lagace dans Haïti, malade de ses charades:
J’ouvre la porte du véhicule, mon chauffeur me met la main sur le bras:
«Tu me rapportes une bouteille d’eau?»
O.K., O.K., oui.
Je mets le pied par terre, il me dit (ce n’était pas une demande) un autre truc: «Et une bière.»
Le problème, c’est que – concurrence médiatique oblige -, nos chauffeurs sont très, très, très bien payés. Pas selon les standards haïtiens. Selon NOS standards: 200$US par jour.
Une bière, hein? Veux-tu que je conduise pendant que tu la bois, aussi?
J’ai l’air brutal. Mais c’est une partie de la charade: de peur d’être taxé d’insensibilité ou de racisme, personne n’est jamais brutal avec Haïti.
Les Haïtiens, de toute façon, ne le prendraient pas. Brutaux entre eux, ça va, de dictateurs en putschistes, ils tolèrent. Et quand un président élu leur coupe les couilles, ce sont les marines américains qui le sacrent dehors. Pas les Haïtiens.
Mais si la critique vient d’un étranger, alors là, c’est le tollé, c’est le fleuve de courriels, c’est le verbiage sans fin à la radio, c’est l’accusation de visées colonialistes.
J’en ai assez des charades. J’ai eu le cœur suffisamment brisé par suffisamment d’enfants affamés, cette semaine. Je crois avoir décrit l’urgence avec suffisamment de compassion pour avoir le droit, ici, juste une fois, de dire que les Haïtiens participent activement à leur malheur. Par passivité, justement.
Et nous? Continuer à aider Haïti exactement comme avant le 12 janvier, c’est créer une autre génération de misère, d’orphelins et de bullshit. Lien
Vidéo sur le voyage de Patrick Lagace en Haiti
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À propos des charades…
*** Excellent** De la facilité du goudron et des plumes
