La Censure Au Québec
Procès, plaintes au CRTC, concerts d’indignation, appels à la vigilance : difficile aujourd’hui d’exprimer une pensée forte sans s’exposer à ces formes subtiles de censure qui jouent sur l’intimidation et la peur. L’actualité en fournit des exemples à un rythme incessant.
En février 2009, le porte-parole du parti Québec solidaire, Françoise David, porte plainte au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) contre l’animateur Sylvain Bouchard et la station de radio de Québec CJMF 93,3. Mme David estime que les propos de M. Bouchard et le concours qu’il a lancé violent l’article 9 du code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs auquel est soumis CJMF 93,3. La liberté de parole au Quebec et au Canada par le fait meme, semble se rétrécir comme une peau de chagrin, soit en raison d’une pénalisation du débat, soit parce que la parole libre, devient scandaleuse à force d’avoir perdu l’habitude de l’entendre, soit parce que les clercs de l’idéologie dominante, comme l’expérimente quotidiennement les André Arthur, M. Bouchard, Jeff Fillion et les autres manient avec talent l’art de l’intimidation morale.
Soit on pense comme tout le monde parce qu’on a oublié qu’il est possible de penser autrement, soit on se cache, par crainte du ridicule ou par peur : c’est ainsi que tel grand comédien, dont on imaginait que sa renommée le mettrait à l’abri des pressions, laisse entendre à demi-mot qu’il juge ridicule l’agit-prop des intermittents du spectacle, mais ne veut surtout pas qu’on l’écrive : « Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Vous voulez que je me fasse massacrer ? »
Il n’est pas jusqu’aux bouffons du roi qui en perdent leur insolence. Certains monologues d’Yvon Deschamps, à les réécouter vingt ans après, semblent avoir été prononcés sur une autre planète, où l’on ne vivrait pas en permanence, comme sur la nôtre, dans la hantise de franchir une invisible ligne jaune, d’autant plus redoutable qu’on ne sait pas trop qui l’a fixée, ni où elle se trouve. Même certains sketches de RBO dans les années 1990 qui avaient fait rire tout le Québec, seraient certain aujourd’hui de déclencher la fureur des ligues de vertu.
Si les humoristes ont du mal à plaisanter, intellectuels, penseurs, journalistes et hommes politiques sont évidemment soumis à des contraintes bien plus pressantes. L’actualité des dernières années ne manque pas d’exemples de ce rétrécissement de la liberté de parole, toujours sous couvert d’humanisme, de respect et de tolérance. Passage en revue, arbitraire – et, bien évidemment, très loin d’être exhaustif.
Le jugement de la Cour supérieure où l’animateur Jeff Fillion se fait laminer pour ses propos à la radio. Après Amir Kadhir, ce “bien pensant” qui voudrait que les gens cessent d’être alimentés par la culture des radios-poubelles. Il oppose le champ libre laissé à ses André Arthur, à ses Jeff Fillion, à ses Sylvain Bouchard et les autres qui font selon lui une très mauvaise presse à Québec. De quel droit cet élu s’arroge le droit de dire qui a le droit de s’exprimer ou de ne pas s’exprimer en public.
Au Canada Anglais l’éditorialiste Mark Steyn du magazine Maclean est dénoncé pour ses « thèses islamophobes » du à un article intitule « The Future Belongs to Islam” . On lui prête des liens fantasmatiques avec l’extrême droite…Le Point de Bascule a publié un excellent article sur l’affaire « Le Congrès islamique du Canada se sert de la Commission des droits de la personne pour faire de la censure « . Il est devenu risqué de porter un jugement critique sur l’Islam, comme l’a expérimenté Steyn.
Dans le débat public au Québec, quand vous êtes de gauche, féministe, anticlérical, partisan du relativisme moral ou de la société sans Dieu ni maître, il est parfaitement légitime d’exprimer vos opinions, et de les laisser vous dicter vos prises de position publiques : ça s’appelle alors “être fidèle à soi-même”. Si vous avez des convictions a l’encontre du féminisme par exemple, vous devez garder cette opinion pour vous, et en aucun cas tenter de la partager avec les autres”
De “diversité” en “technicien de surface”, le vocabulaire sous surveillance. Finis les mendiants, les handicapés, les voyous : bienvenue aux techniciens de surface, aux personnes sans domicile fixe, aux personnes à mobilité réduite, aux “jeunes”. Adieu les Noirs, les Jaunes et les Arabes, tous fondus dans ce grand creuset des “personnes issues de la diversité” – comme si le fait de nommer l’origine de quelqu’un revenait à lui manquer de respect. Le respect des personnes et des communautés se marie mal avec celui du vocabulaire – et l’on sait bien que la censure du vocabulaire débouche toujours sur une censure de la pensée. À force de ne plus donner aux choses leur vrai nom, on finit par ne plus les voir comme elles sont.
-
http://lelectronlibre.net Louis-Philippe Lafontaine
-
admin
-
Sébas
Sponsors
La dette en temps réel
Articles récents
- Des indignés violent le règlement municipal au Mont Royal
- Liens du jour
- Les femmes n’ont pas besoin des hommes
- Les gauchistes sont les héritiers de la Révolution Française et de la cohue
- Pauline Marois joue la carte du sexisme afin d’augmenter sa popularité dans les sondages
blogroll
- Antagoniste
- L'informatrice
- L’insolent
- La Clique du Plateau
- Le Blog de Joanne Marcotte
- Le blog Jacques Brassard
- Le Blogue du Plateau
- Le blogue du QL
- Le brouilleur d’ondes
- Le Dissident
- Le Québécois Libre
- Les Analystes
- Terrain de jeux

Starfury
